Carapace Sociale
-Salut, ça va?
-Non, toi?
Pourquoi répondre toujours affirmativement lorsque on nous pose cette question? D’abord, que désigne «ça»? C’est probablement un automatisme que de répondre«oui, toi?»; mais en général, ce n’est pas vrai. Nous voulons tellement bien paraitre que nos difficultés doivent rester anonymes aux autres. En fait, le oui, toi signifie probablement la rupture avec le conjoint, les enfants entrant dans la merveilleuse période de l’adolescence, la surcharge de travail… Un homme qui se réveille le matin à côté d’une femme qu’il n’aime pas, dans un appartement qu’il n’aime pas, démarre son vieux bateau qu’il n’aime pas et s’en va à son travail qu’il n’aime pas, pour se faire demander aux premières minutes de son quart:
-Salut, ça va?
Et bien sûr, il ne veux pas montrer que sa vie n’est en fait qu’une incalculable addition de défaites et d’échecs, que les lames effilées qui jaugent le fond du tiroir de la cuisine sont soudainement plus intéressantes et qu’il rêve en fait qu’un autre désespéré emboutisse son paquebot , mettant ainsi fin à son enfer routinier. De plus, il sait pertinemment que son interlocuteur lui demande par pure forme de politesse et espère entendre le «oui, toi?» pour ne pas avoir à entendre les problèmes qui lui seront étrangement familiers.
Est-ce la société qui est dépressive, ou la dépression qui est sociétaire?
-Oui, toi?


Si je te dis: “You Rock!” Me répondras-tu: “Oui et toi!”
Quel commentaire impertinent!!!
J’aime beaucoup ce que tu écris, fais en plus souvent!
Clo! a dit ceci le 5 avril 2009 à 5:48
Hey hey mr. le philosophe!
Très bon article!
Il semble qu’on joue pas mal tous des rôles en société, et même dans le regard qu’on porte sur nous-mêmes, il y a une carapace, maintenue par peur je suppose, et par habitude. Par peur de voir à quel point notre vie est une série d’échecs, comme tu dis… par peur de voir qu’on est vain, qu’on se fait des illusions (et la plus grande étant peut-être celle qui dit qu’on ne s’en fait pas)… Comme Nietzsche a demandé, “si les eaux de la vérité étaient sales, voudrais-tu encore sauter dedans?” Si nous considérons la ‘saleté’ des eaux pour une métaphore de toutes nos peurs tapies dans le noir, voudrait-on vraiment la vérité?
Peut-être que notre vie est une série d’échecs parce qu’on pourchasse justement des illusions… Les illusions n’existant pas réellement, on peut seulement échouer à les pourchasser, un peu comme on ne peut pas attraper notre ombre.
… mais d’un autre côté, peut-être que notre vie n’est pas une série d’échecs. Peut-être que c’est encore là une illusion qu’on se fait, parce que juger de notre vie qu’elle est une série d’échecs, n’est-ce pas la juger à la lumière des illusions qu’on pourchasse, justement? Mais que vaut le jugement dont la mesure est illusoire? … peut-être que, finalement, tout est bien plus simple qu’on pourrait se l’imaginer, quoique c’est peut-être une simplicité dont on a peur, si elle implique l’anéantissement de nos illusions et de voir notre peur en plein jour.
… mais encore, alors qu’on pourchasse ce qu’on s’imagine être le bonheur et la paix, et alors qu’on croit être en échec, peut-être que, ironiquement, on est après tout comme des poissons assoiffés dans l’océan.
Alors voilà, on se rejase éventuellement Alex, je dois y aller.
Jean-Sébastien a dit ceci le 11 avril 2009 à 6:23
Merci pour cette réflexion très pertinente!
tyalex a dit ceci le 11 avril 2009 à 7:16